Clotilde Courau et Lionel Suarez
Piaf, l’Être Intime

 Clotilde Courau et Lionel Suarez, Piaf vivante Par Armelle Héliot 
La comédienne dit des lettres inédites de la chanteuse, les lettres d’une amoureuse éternelle face aux faiblesses de l’autre. Un très beau moment de délicatesse en dialogue avec un musicien très sensible.Elle est en noir. Pantalon et pull. Ses cheveux encadrent son visage fin dans des lumières douces de Tom Irthum.Le son est très bien dosé et jamais l’accordéon n’écrase sa voix. Parfois elle chuchote et dans le bel écrin de l’Oeuvre, on l’entend parfaitement. Christian Desille signe cet équilibre.Ce moment de grâce, Clotilde Courau le doit, elle le dit, à trois rencontres : Madame Anne-Marie Springer qui possède cette correspondance inédite d’Edith Piaf,onze lettres qui datent de mai 1950, adressées à Tony Franck.La deuxième rencontre est celle avec l’accordéoniste Lionel Suarez, virtuose très connu qui a travaillé avec Claude Nougaro, Art Mengo notamment et André Minvielle. Il a été également en duo avec Jean Rochefort dans son spectacle « Entre autres »…
La troisième rencontre, elle est essentielle, est celle de Serge Hureau. Le fondateur, directeur, animateur du Hall de la Chanson, qui défend l’histoire et la vie de cet art, qui en connaît tout, avait choisi d’ouvrir son lieu, enfin un lieu, à la Villette, avec ce récital de Clotilde Courau. C’est donc lui qui l’a dirigée et on ne peut que louer ce travail tout en finesse.Clotilde Courau, comédienne très intelligente et nuancée, sait chanter (Irma la Douce), mais elle sait interpréter. Et la gamme des sentiments qu’elle distille, tout en disant ces lettres, onze lettres échelonnées du 1er au 26 mai 1950. Si loin, si près quand il s’agit des sentiments d’une femme qui aime mais qui sait bien que l’homme qu’elle aime n’est pas à la hauteur, pas tout à fait à la hauteur.Rien d’indiscret dans ce moment. On redécouvre Piaf, celle qui sait écrire, qui analyse, celle qui est une femme simple et dévouée. Elle parle beaucoup de Momone, son amie éternelle, d’un petit garçon nommé Paul. C’est le petit garçon de Marcel Cerdan, mort tragiquement dans un accident d’avion quelques mois auparavant.Ce qui touche le plus dans ce moment parfaitement équilibré, dialogue subtil de l’accordéoniste, côté jardin et de la comédienne, côté cour, avec pour seul accessoire un petit tabouret noir, c’est d’entendre cette femme tellement moderne, libre, intelligente, passionnée et lucide.N’en disons pas plus. C’est à déguster dans le silence de la salle où la pénombre et les noirs sont comme une encre transparente.

 

 

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